La lecture éprouvante du rapport de la commission d’enquête relative aux violences commises dans les
secteurs du cinéma, de l’audiovisuel, du spectacle vivant, de la mode et de la publicité (autrement dit des “Industries créatives”), publié le 2 avril, éclaire la réalité sectorielle trop longtemps cachée, minimisée, voire entretenue, des violences systémiques, endémiques et persistantes, tout particulièrement à l’égard des femmes et des enfants.
Extrait :
«[…] en dépit des nombreuses mesures mises en œuvre par l’État et ses opérateurs, comme par les collectivités territoriales et les partenaires sociaux, […], les consciences peinent à véritablement évoluer. Si la parole tend à se libérer, notamment sous l’effet du mouvement MeToo et des prises de parole puissantes d’Adèle Haenel et de Judith Godrèche, les témoignages qui nous ont été apportés, que ce soit en audition ou par le biais des échanges que nous avons pu avoir avec des victimes, évoquent des faits, pour nombre d’entre eux, très récents.
De fait, les conditions de survenance des violences morales, sexistes ou sexuelles, mais aussi celles de l’existence de l’omerta qui pèse sur les victimes et témoins, qui caractérisent le cinéma, l’audiovisuel et le spectacle vivant depuis des décennies, n’ont guère évolué et se sont même parfois aggravées dans la période récente.
Aussi le cycle prédation-silenciation qui s’y déploie depuis longtemps est-il toujours prégnant. En témoigne l’émergence récente de différents groupes informels, dans différentes professions, généralement exclusivement féminins ou presque, visant à échanger des informations sur les agresseurs habituels afin de mieux s’en protéger.
Les métiers du cinéma, de l’audiovisuel et du spectacle vivant sont le plus souvent exercés par passion, qu’il s’agisse des comédiens, des danseurs, des musiciens, des réalisateurs, chorégraphes et metteurs en scène, comme des techniciens. Tous ont le sentiment d’obéir à un intérêt supérieur, celui de l’art, qu’ils placent souvent au-dessus de toute autre considération. C’est au nom de l’art et de la création que les aspirants artistes sont prêts à tout sacrifier ; c’est aussi au nom de l’art et de la création que d’autres commettent les plus terribles violences. »






